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Une Semaine Compliquée Au Manitoba

Une semaine compliquée au Manitoba

Nous poursuivons notre traversée des Prairies. De nouveau, le vent est au rendez-vous, et les paysages – bien que jolis – ne sont plus aussi divertissants que dans les Rocheuses. La météo a également décidé de jouer avec nous. On commence à comprendre ce que nous a dit un hôte Warmshowers quelques jours plus tôt : « Les gens qui tentent de traverser le Canada à vélo, ce sont rarement leurs jambes qui flanchent, c’est le mental ». Cette portion du voyage nous fait comprendre pourquoi…

24 juin : Fêter la St-Jean dans un camping manitobain

Jour 32 à vélo (37 total) : Moosomin à Aspen Grove Campground (81,26 km)

Reposés, on prend la route tôt, avant tout pour avancer mais aussi pour parcourir le plus gros de la distance avant que le vent ne nous fasse face. On part de l’hôtel un peu avant 7h30. Il fait gris, un peu frais et le vent est fidèle au rendez-vous. On roule péniblement à 15 km/h. Mon regard fuit le compteur de vitesse. Quelques fois, il vaut mieux ne pas savoir. On avance tout de même, doucement, mais sûrement. Vers midi, on lunche au Tim Hortons et on se décide à aller jusqu’au Aspen Grove Campground, à 16 km. On arrive tôt, vers 15h. Malgré la chaleur (qui a finalement pris sa place dans la journée), on ne peut résister à l’envie de faire un petit feu pour célébrer la St Jean.

25 juin : Le Tim Hortons du réconfort

Jour 33 à vélo (38 total) : Aspen Grove Campground à Carberry (109,35 km)

Réveil vers 5h30, nous souhaitons partir tôt. La tente est pleine d’humidité et les nuages empêchent le soleil de collaborer pour la faire sécher… Nous partons finalement vers 8h30 / 9h, un peu décevant étant donné notre réveil matinal. Il fait gris de nouveau, le vent n’est pas si pire mais pourtant, on n’avance pas. Première pause à 25 km (soit presque rien…), on a besoin d’énergie. On poursuit sur la 1 (et non la 1A, on souhaite éviter le centre-ville de Brandon), et on traverse ce qui s’appelle Grand Valley. On comprend vite ce que cette appellation désigne : de grandes et longues collines ! On est capable de rassembler notre énergie pour gravir les montées, mais les descentes sont terrifiantes : bien trop à pic pour un accotement plein de graviers ! La route est longue, beaucoup plus difficile qu’on le pensait et la grisaille ternit notre moral. C’est après de nombreux efforts que l’on arrive enfin au Tim Hortons, prêts à s’écraser en mangeant notre soupe. Mais à peine entrés dans le Tim, deux dames nous abordent : « C’est vous les cyclistes sur la route ? » – « Heu… oui ça doit être nous, on arrive de l’Ouest » – « Oui c’est vous. On vous a doublé il y a quelques minutes ! On vous invite à luncher ! ». « … ». Un lunch au Tim Hortons, cela ne représente pourtant pas grand-chose en termes de dollars, mais ce jour-là, c’était définitivement ce dont nous avions besoin pour nous aider dans cette dure journée.

On reprendra la route avec un meilleur moral en après-midi, mais le vent viendra de nouveau rapidement jouer avec nous. Las de le combattre, on choisit de raccourcir notre journée et de s’arrêter au prochain motel. De nouveau, la gentillesse des personnes là-bas nous aidera à digérer notre journée.

Notre petit déjeuner pendant presque 3 mois

26 juin : Nuit sous l’orage

Jour 34 à vélo (39 total) : Carberry à Creekside Campground (97,39 km)

Hier, nous avons réalisé que nous avons oublié (encore) d’ajuster nos montres : en arrivant au Manitoba, nous avons changé de fuseaux horaires. Entre ce changement d’heure raté et la fatigue, on prend la route vers 11h. Pour une fois, il fait soleil ! Mais le vent est toujours là, et on roule péniblement (entre 16 et 20 km/h). On arrivera vers 18h au camping Creekside Campground, très agréable camping dans lequel on pourra observer une famille de bernaches. Douche, repas, montage du camp, vers 20h30, on est prêt à se reposer, enfin un peu de répits. Mais la nature en aura décidé autrement : 21h30 – Environnement Canada publie une alerte d’orage violent. Arf, il ne fait pas bon d’être sous la tente en ce moment… La pluie n’est pas notre principal souci, notre tente est bien étanche. Mais lorsque les premiers coups de tonnerre résonnent à proximité du camping, cela ne nous prendra que quelques secondes pour nous réfugier dans les salles de bains du camping. La nuit sera longue…

Famille de bernaches (et rien qui ne laisse présager l’orage à venir…)

27 juin : Les routes non pavées du Manitoba

Jour 35 à vélo (40 total) : Creekside Campground à St-Jean Baptiste (132,19 km)

Nouveau départ parfumé de la fatigue de la nuit précédente. On part vers 10h le temps de tout faire sécher. On a un minimum de 120 km à parcourir. Pour une fois, nous avons le vent de dos ! On goûte enfin aux joies de se faire porter par le vent. Aujourd’hui, on quitte l’itinéraire classique de la Transcanadienne pour aller vers les États-Unis. On découvre rapidement qu’au Manitoba, à part la 1, les routes n’ont pas d’accotement et ne sont que très rarement pavées ! Nous passons une bonne portion de la journée à rouler sur de la garnotte, donc à jongler entre garder l’équilibre et essayer d’avancer à une allure descente. Nous arrivons à St-Jean Baptiste – communauté francophone du Manitoba qui se vante d’être la capitale canadienne du pois à soupe – en fin de journée, accueillis par un hôte Warmshowers, Luc et sa conjointe.

Route de terre au milieu des champs

28 juin : L’échec du motel

Jour 36 à vélo (41 total) : St-Jean Baptiste à Karlstad (125,75 km)

Il fait très chaud, on fait nos réserves d’eau avant de prendre la route vers les États-Unis. Clairement, nous ne sommes pas sur un itinéraire populaire : il n’y a pas foule sur la route ! On arrive à la frontière vers 15h. Le douanier ne semble pas avoir beaucoup de visite, encore moins celle de cyclistes ! Je me ferai quand même confisquer mes oranges et avocats, tandis que notre gaz poivré anti-ours passera sans souci. Dommage, les oranges m’auraient été plus utiles ce soir… Arrivés au États-Unis, la qualité de la route nous frappe : cela nous change des routes non pavées du Manitoba ! La météo par contre nous fait rapidement penser à notre logistique : la chaleur de la journée va laisser place à un bel orage dans la nuit. Il y a un camping d’État au Lac Bronson mais on décide de rouler plus loin pour aller jusqu’à Karlstad, première « vraie » ville sur notre route avec un motel. La journée commence à être longue sous cette chaleur. On arrive vers 19h à Karlstad, enfin, prêt à sortir notre carte de crédit pour une basique chambre de motel. Mais il n’en sera pas ainsi : contre toute attente, le motel est complet ! De nombreux travailleurs du pétrole sont sur un chantier en ce moment et occupent toutes les chambres. Il ne nous reste plus qu’à nous rendre au camping municipal de la ville. Cela ne nous enchante clairement pas de sortir notre tente par cette veille d’orage. Notre première expérience nous a appris à prendre les alertes météo au sérieux. Les gens installés au camping compatissent « vous avez juste à vous installer sous la gazebo, vous serez plus protégés ». C’est ce qu’on fera, sans l’ombre d’une hésitation. Mais vers 4h30, au cœur de l’orage, on ira tout de même se réfugier dans les salles de bains… De là, j’ai pu observer les éclairs au loin. Absolument fabuleux ! Je comprends mieux par contre que les orages des Prairies puissent être destructeurs…

Gazebo à Karlstad

29 juin : Lendemain d’orage

Jour 37 à vélo (42 total) : Karlstad à Thief River Falls (63,21 km)

Réveil vers 9h, démarrage très lent. On partira vers midi. Il n’y a pas grand-chose dans ce coin des États-Unis, chercher un lunch végétarien à mi-parcours sera peu fructueux. On roule jusqu’à Thief River Falls, direction un motel convenable. Enfin un peu de repos. On allume la télé : les informations ne parlent que de l’orage de la veille ! Beaucoup de dommage matériel et au moins une victime (un VR qui est tombé sur son propriétaire…). On échange avec des Warmshowers du coin : ils n’ont plus d’électricité depuis hier, ça a frappé fort !

30 juin : Enfin, une nuit complète

Jour OFF à Thief River Falls (43 total) 

Repos, repos et repos. Cela fait plusieurs nuits que l’on dort peu et mal. On a juste besoin de récupérer. Cette semaine a été un enchaînement de concours de circonstances qui ont mis notre moral à rude épreuve. Heureusement, de belles rencontres nous ont remonté le moral, mais malgré tout, la fatigue – morale ou physique – est définitivement le pire ennemi de tout accomplissement. Dormir, se reposer et emmagasiner des calories s’imposent comme le seul remède pour le moment. D’ailleurs, les glaces végétaliennes Cherry Garcia de Ben & Jerry’s seront aussi une belle source de réconfort 😉

Cet article comporte 2 commentaires
  1. Merci de ce nouveau récit. C’est dommage que les gens locaux ne vous aient pas dirigés vers le parc de Sandilands pour rejoindre le Minnesota. C’est dans cette région du Sud-Est du Manitoba que se trouvent de beaux paysages de collines boisées et où on retrouve les villages francophones existants et passés, Saint-Pierre Jolys, Ste-Anne, La Broquerie, Marchand, une région riche d’histoire à la limite entre les prairies et les forêts et lacs du Bouclier canadien. Une fois traversée la frontière à Sprague, une bonne route suit les méandres de la Rainy River puis bifurque au Sud le long d’une route paisible genre parkway qui traverse un paysage ondulé composé de forêts et de lacs, où s’élèvent les monts aurifères de Mesabi, décrits par une célébrité native du coin, Bob Dylan. cette excellente route pittoresque et peu fréquentée aboutit à Duluth sur le lac Supérieur, et les Manitobains qui ne veulent pas faire la pénible route qui contourne le lac par le nord côté Canadien continuent sur la numéro 2, plus droite et place, qui les amène à Sault Ste-Marie.

    1. Merci, cette portion de route a l’air belle en effet ! De St Jean Baptiste (où nous avons passé une nuit), on n’était pas très loin de St-Pierre Jolys (« pas loin » étant très relatif à vélo…). Je crois qu’à ce moment-ci, les questions logistiques (hôtel / camping / Warmshowers / épicerie) ont été nos principaux critères pour le choix de la route, après le critère non négociable : avoir une route pavée ! Mais vous décrivez très joliment cette portion du Manitoba, cela donne le goût d’y retourner 🙂
      La suite du récit s’en vient, on passera effectivement par la 2 au sud du Lac, jusqu’à Sault Ste-Marie
      Merci pour votre commentaire,
      Au plaisir,

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